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France, Paris – 18 h

Photo du rédacteur: Mariane Gahengi
Mariane Gahengi
il y a 1 jour
2 min de lecture
Silhouette de Rashele au métro parisien de nuit, devant panneau METRO et écran Ligne 4, ville humide et lumineuse.
Rashele

Ligne 4, station « Porte de Clignancourt ». Des Franciliens attendent l’arrivée du métro. Il y a des étudiants, des collègues, des gens seuls, des groupes de deux ou de trois. Ils s’engagent dans des conversations ou se réfugient dans leur monde, des écouteurs sur les oreilles, mais tous ont les yeux rivés sur l’écran situé au-dessus des portes vitrées qui séparent le bord de la voie. Arrivée dans 3 minutes et 10 secondes. Direction Mairie de Montrouge. Un homme sans-abri, dont la longue barbe est broussailleuse et sale, avance lentement, habillé d’un survêtement trop ample, quémandant de l’aide auprès des gens. Mais ils lui tournent le dos, dans un mélange de dédain et de pitié. Ignorance et nécessité, deux maux qui existaient déjà au temps de Dickens et qui ont malheureusement survécu jusqu’à nos jours. Une jeune fille élancée dévale les escaliers qui mènent au quai. Elle se fraye un chemin au milieu de la foule et se poste devant les portes vitrées. Elle remonte son col roulé sur son nez pour atténuer l’odeur désagréable de la station. Le métro arrive avec un bruit assourdissant qui fait trembler les murs de la gare. Il s’arrête avec un long crissement. Départ dans 1 minute. Le flux et le reflux des passagers, qui entrent et sortent, créent une vague humaine combattant les éléments. Les portes se fermeront dans une minute, laissant les moins audacieux sur le quai. L’intérieur de la rame est bondé. Les gens se pressent les uns contre les autres, s’entassant tant bien que mal. Rashele s’est faufilée dans un coin, près des sièges relevés en raison de la foule. Elle maintient son sac de cours contre sa poitrine, son regard bleu océan fusille un individu en costume-cravate et en long manteau noir. Il tient une serviette sous son bras. Sa main droite repose sur la barre centrale, juste au-dessus de celle d’une femme. Celle-ci sent l’haleine étrangère sur sa nuque et tente de se dégager vers la gauche, mais l’homme en costume se rapproche. Le message enregistré annonce la gare du Nord. Les gens descendent, ce qui lui permet de se libérer. Peu après, c’est au tour de Rashele de quitter le train à Strasbourg–Saint-Denis. Le long du quai, on entend des sons de batterie provenant de l’intérieur de la station. Des voix masculines entonnent alors : All I want to say is that they don’t really care about us, Enough is enough of this garbage… Rashele sort du métro, vingt minutes de marche jusqu’au boulevard Haussmann ne lui font pas peur. Un vent rafraîchissant, inhabituel pour ce début d’avril, souffle sur son visage, effaçant toutes les noirceurs de cette vie souterraine. Ses yeux reprennent leur bleu gris serein.

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